Madame De

Projet théâtral pluridisciplinaire - Le Grütli - Centre de production et de diffusion des Arts vivants  du 3 au 14 juin 2020

Fabrice Huggler - Note d’intention

Quelques mots sur le spectacle, tel que je l'imagine aujourd'hui, près d'un an avant sa création:

Autour d'un cube, trois personnages énigmatiques tournoient. Vêtus entièrement de noir, leurs costumes, laissent par endroit entrevoir des zones de peau particulièrement diaphanes, pieds, mains, bras, gorges et visages. Anges maléfiques ou gentils démons, marionnettistes omnipotents, chamanes omniscients, ce sont des parques, des divinités, mi-intemporelles, mi-contemporaines, l’une tissant, l’autre déroulant et la troisième coupant le fil de la destinée humaine.

Bien qu’irrémédiablement muettes, ce sont pourtant ces trois parques qui vont nous guider, de leur danse, leur musique, leurs gestes codés, tout au long du spectacle, tels les officiants d’une cérémonie étrange.

Progressivement, elles vont s’employer à déshabiller le cube de ses faces latérales, faisant apparaître en son centre un corps allongé, nu, semblant mort, embaumé ou congelé.

Elles vont ensuite procéder à une toilette mortuaire, nettoyant et maquillant ce corps qu’elles viennent de découvrir, ou de redécouvrir, comme le ferait un croque-mort ou un embaumeur. Mais cette toilette du corps défunt de «Madame De», loin de la conduire au tombeau, a pour but de lui redonner vie.

Peu à peu nos trois parques vont se muter en habilleuses et les spectateurs assisteront alors au long et complexe processus d’habillage, inspiré par les us et coutumes du XVIIIe siècle.

Mais cette femme ne sera pas pour nous uniquement un témoin du siècle des Lumières, car notre projet repose sur le postulat suivant : en redonnant vie à ce corps, celui-ci ressurgit du lointain tout en ayant absorbé les pensées et les expériences de femmes qui lui ont succédé jusqu’au XXIème siècle.

C’est donc une femme de son temps qui a le privilège de pouvoir porter un regard sur le futur. Le spectacle sera ainsi traversé par un monologue intérieur fragmenté, au cours duquel cette femme évoquera, à travers le regard qu’elle porte notamment sur ses vêtements, sa vie intime mais aussi celle de bien d’autres femmes venues après elle.

"Les trois Parques", par Bernardo Strozzi (env. 1635)

"La femme au perroquet", par Gustave Courbet (1866)